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Bruxelles envoie dans les choux les contrôles sur l'agriculture Bio
Auteur: Le Canard Enchainé
Mercredi - Septembre 20, 2017 1:38 pm
Bruxelles envoie dans les choux les contrôles sur l'agriculture Bio
En voilà une initiative judi­cieuse alors que le bio est en plein boum : alléger les con­trôles sur la filière ! Au creux de l'été, l'info est passée quasiment inaper­çue. Un nouveau règlement européen sur le bio prévoit de diviser par deux le nombre d'inspections dans les fermes. Une idée de génie, venue de Bruxelles, au moment où, en France, les ventes décollent.
En 2016, elles ont fait un bond de 20 %, pour at­teindre 7 milliards d'euros.
Afin de repérer les tricheurs, neuf organismes certificateurs sont au­jourd'hui sur le pont. Ces gendarmes du bio épluchent les dossiers de can­didature et renouvellent ou non les licences octroyées pour trois ans. Chaque année, une centaine de sus­pensions ou de retraits du précieux sésame sont ainsi décrétés.
Sauf que Bruxelles a décidé d'es­pacer le rythme des visites. Parions que, ce 20 septembre, le ministre de l'Agriculture, en visite au salon Tech&Bio, dans la Drôme, se mon­trera discret sur cette fâcheuse dé­cision, validée par Paris.
Les exploi­tations qui n'auront pas fait parler d'elles trois années de suite ne ver­ront plus passer le certificateur que... tous les deux ans. Rassurant, quand on se souvient que les œufs bio n'ont pas été épargnés par le scandale du fipronil !

Label affaire
Décidément indulgent, le nouveau règlement néglige une curiosité du système qui rend perplexes les vrais amateurs d'agriculture durable : s'il reste possible de produire en même temps sur sa ferme du bio et du non-bio, c'est à condition que les espèces animales ou végétales concernées soient « différentes et distinguables à l'œil nu ». Au risque, notamment, de provoquer la dissémination des pesticides d'une parcelle à une autre.
Et ce n'est pas forcément la DGC-CRF, le gendarme français de la consommation, qui va séparer le bon grain de l'ivraie.
« Le Canard » a eu accès au chiffre des prélèvements réalisés par cette administration sur le bio : 230 par an pour 32 264 pro­ducteurs français !
En 2009, le label tricolore « AB » a déjà pris un coup dans l'aile. Sous prétexte d'harmoniser les règles, Bruxelles a imposé un label européen avec un cahier des charges allégé.
L'acheteur d'un poulet portant l'es­tampille européenne n'imagine sû­rement pas qu'il a été élevé dans un poulailler où les pauvres bêtes, 
sou­mises à une promiscuité invivable, sont souvent privées de bec pour ne pas s'étriper.
Ou encore que, dans les écloseries pour poules pondeuses, les poussins mâles jugés inutiles sont broyés vivants. Et se doute-t-il que des pondeuses bio peuvent avoir dans leur gamelle jusqu'à 5 % d'aliments non bio et 0,9 % d'OGM ?
Mais il y a mieux : le label bio eu­eu­ropéen ne certifie pas l'absence de pesticides !
« La réglementation européenne impose au paysan une obli­gation de moyens, pas de résultats », explique Cécile Guyou, déléguée gé­nérale de Bio Cohérence, un logo privé respectant les critères d'antan.

Pesticides comestibles
Autrement dit, une salade ou un melon accidentellement contaminés par des résidus de pesticides peuvent être vendus comme des produits « purs », à condition que les résidus chimiques qu'ils contiennent ne dé­passent pas un certain seuil, consi­déré comme dangereux pour la santé.
Au début de l'été 2017, la Belgique et l'Italie ont bien tenté d'imposer que tout produit bio « pesticide » soit « décertifié », mais une majorité d'Etats membres la France en tête a enterré le projet !
Selon le rapport publié cette année par l'Efsa, le gendarme européen de nos assiettes, plus de 14 % des ali­ments bio contrôlés contiennent d'ail­leurs des résidus d'insecticides, d'herbicides et de fongicides. Les pro­duits « conventionnels », eux, flirtent avec 97 % d'échantillons chimique­ment positifs.
De là à faire payer le bio deux fois aux consommateurs...

Une macédoine de subventions
UEL est le montant des subven­tions versées chaque année en France à l'agriculture bio ?
Difficile d'y voir clair : la tuyauterie financière des aides consacrées au secteur tient à la fois de l'usine à gaz et du casse-tête chinois.
En principe, 160 millions  finan­cés aux trois quarts par Bruxelles devaient être attribués annuellement au secteur pour la période 2014-2020. Soit un total de 1 120 millions d'eu­ros, dont la plus grande partie était destinée à aider les agriculteurs conventionnels à passer au bio.
Pourtant, à en croire la Fédération nationale d'agriculture biologique (Fnab), les crédits réellement orien­tés vers le secteur seraient inférieurs d'au moins 30 % au chiffre annoncé par Bercy mélangent dans une même tambouille budgétaire les sommes destinées au bio et celles dé­volues à la « politique agroenviron­nementale » (entretien des bocages, marais, terrains de montagne et autres paysages sensibles)...
Jérôme Canard

Sur la paille
Plus ennuyeux : en raison d'un in­croyable blocage administratif, la plupart des exploitants ne peuvent même pas encaisser leur dû et doi­vent se contenter d'avances de tré­sorerie.
Depuis 2015, les dossiers d'aide sont gelés par Bruxelles, qui attend l'achèvement d'un gigan­tesque travail de cartographie des exploitations. Car, pour subvention­ner les paysans, l'Europe exige de disposer de photos aériennes indiquant la surface des parcelles, des bosquets ou des haies. Si cette para­lysie courtelinesque concerne toutes les exploitations, ce sont bien les « bio » qui se retrouvent aujourd'hui les plus pénalisés par les mécanismes abscons de la politique agricole com­mune.
Autre difficulté : les subventions transitent désormais par les conseils régionaux, qui peuvent en moduler une petite partie selon leur bon vou­loir. Et ils se gardent bien de dire ce qu'ils font du pognon.
Le mystère est si épais que le mi­nistre de l'Agriculture, Stéphane Travert, a décidé de réunir, fin sep­tembre, les présidents de conseils régionaux pour tenter de s'y retrou­ver dans ce champ de blé...
H. L

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